Normes, maîtrise budgétaire et innovation : deux logiques qui se heurtent
Or, l’innovation, elle, n’est pas l’optimisation de l’existant. C’est la création de quelque chose qui n’a pas encore prouvé sa valeur. Et donc, par définition, l’innovation augmente l’incertitude au lieu de la réduire.
C’est là que naît l’opposition “structurelle” :
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Le système de maîtrise budgétaire et de normes récompense la prévisibilité, la stabilité, la conformité aux processus, le contrôle des coûts, et l’évitement des risques.
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L’innovation exige l’inverse : exploration, expérimentation, rapidité, décisions incomplètes, apprentissage par essais-erreurs, et tolérance à l’échec.
Ces deux logiques ne sont pas juste différentes : elles produisent des comportements opposés. Si on applique les mêmes règles à tout, l’une écrase l’autre.
Pourquoi l’innovation “meurt” naturellement dans les organisations établies et normées
À mesure qu’une entreprise grandit, elle devient très bonne pour exécuter :budgets annualisés, comités d’arbitrage, processus d’approbation, normes, reporting, prévisions, KPIs de performance, gestion des risques, conformité…
Dans beaucoup d’entreprises, on ne “refuse” pas l’innovation ouvertement (en principe)— on la tue par asphyxie administrative :
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on exige un ROI fiable trop tôt,
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on impose des jalons conçus pour des projets certains,
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on surcharge les équipes de validations,
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on demande une architecture “parfaite” avant d’avoir appris ce qu’il faut construire,
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on juge un projet exploratoire avec les métriques d’un produit mature.
Résultat : les idées nouvelles passent leur temps à se justifier, et n’ont plus le temps d’apprendre ou d'essayer et finir par produire.
Ne pas “attendre” que le système adopte l’innovation
Une entreprise qui attend que le système “se transforme” spontanément pour accueillir l’innovation attendra indéfiniment. Pas parce que les gens sont contre, mais parce que le système fait exactement ce pour quoi il a été créé : rendre l’organisation maîtrisable.
Créer de la place pour quelque chose de nouveau demande donc une intervention explicite au plus haut niveau :-
définir des exceptions encadrées (et assumées) aux normes et au cycle budgétaire,
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isoler un périmètre où l’on autorise l’incertitude,
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protéger l’équipe des processus qui font tourner le reste de l’organisation,
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accepter que la “bonne gouvernance” d’un projet innovant n’est pas la même que celle d’un projet d’exécution.
Protéger l’innovation n’est pas être laxiste. C’est mettre en place une gouvernance différente, adaptée à l’exploration :
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des budgets “par tranches” et agilité,
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des objectifs d’apprentissage (hypothèses testées POC) plutôt que des promesses de résultat,
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des délais courts, des démonstrations fréquentes,
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et un droit à l’échec… mais rapide et instructif, pas un échec lent et coûteux.
Une tension permanente, pas un problème à “résoudre” une fois
Cette tension existera toujours :
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Sans normes et maîtrise budgétaire, l’entreprise se fragilise et se disperse.
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Sans espace protégé pour l’innovation, l’entreprise s’optimise… jusqu’à devenir obsolète.
Les organisations qui réussissent ne “choisissent” pas un camp; elles acceptent qu’il faut deux systèmes qui cohabitent :
un système d’exécution (stabilité, qualité, coûts, conformité)
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un système d’exploration (vitesse, apprentissage, expérimentation, agilité)
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